La parabole de Génissandre ou la douloureuse histoire des Alpages

Est ici présenté un éclaircissement sur l’histoire incroyable de Gérard Flavel qui nous permettra d’en mieux comprendre les tenants et les aboutissants.

Ci dessous : Gerard se grattant discrètement la bite
Dessin d’après modèle de Gérard, 8 ans après les évènements décrits ci-dessous.

Par Basile Le Moigne :

« Génissum, génisirum, génissimis totemus sancti om… » Jésus Diabaté

PREMIER ACTE : PERMANENTES ET PAERMANENCES

LIVRE 3 -La parabole de Génissandre ou la douloureuse histoire des Alpages

Chapitre premier : Comment Gérard flavel s’est retrouvé dans un totem de chair composé de Génissandre et de tous les ancêtres de celle-ci (Flavien le borgne, Bernon le cyclope, Tripolain l’estropié de son œil, Gérard le dégeulasse etc…)

Génissandre était une jeune montagnarde, une rude fille des grandeurs verticales, ses yeux vitreux indiquaient la petitesse de son monde mental et sa stature toute entière, les abîmes de sa raison. Naïve mais volontaire (la pire des maladies mentales), elle aspirait à séduire monsieur Planchin, notable de province qui chaque trimestre vérifiait les comptes de madame Toilchat, sa mère, à l’aide d’un boulier pour enfant sur lequel se rencontraient sensuellement leurs mains dramatiquement contrastées par les marques que leurs vies y avaient gravé.

Génissandre était jalouse de sa pauvre mère, alors que celle-ci ne voyait en Monsieur Planchin qu’une radasse de charbonnière du nord, à cause notamment de sa cécité qu’elle assurait n’être que naissante, prétexte facile pensait sa fille, à assouvir sans craindre le seigneur ce penchant à maudire les êtres qu’on ces peuplades frustres des hauteurs maudites.

Génissandre, qui se voulait « libre et moderne comme un magnétoscope » (la musicalité de ce mot évoquait à ses oreilles un monde de plaisirs et de progrès permanent), entreprit d’aller chez un professionnel se faire une permanente, à l’attention galante de M.Planchin. Ainsi, elle pourrait paraître aussi imparfaitement sophistiquée qu’une fille de petite bourgade de province imitant elle-même grossièrement une adolescente mondaine. Un soir, sa mère, qui connaissait les mœurs des jeunes filles, tenta de l’en dissuader, mais cette dernière y entendit l’expression d’une jalousie viscérale. Aussi la situation, nous allons le voir, fut un peu confuse et l’on peut excuser les deux parties prenantes de l’amalgame qui rendu cette affaire si tragique pour l’humanité et confine aujourd’hui les hommes dans une quête absurde de leur identité Génissienne (relis Sartre).

Magdalon Toilchat (dans le conte populaire original elle s’appelle Poilchatte, ce qui a fait rire à s’en faire péter le cortex, des générations d’élèves, aux grand dam de professeur incrédules et désemparés. La censure a donc mis cette savoureuse particularité au banc de l’histoire), décidée à dissuader sa fille d’un truc d’adolescente quelconque dont elle ne se rappellerait plus, dit quelque chose d’éternel et profond, disons avec une voix tremblante mais pleine de l’assurance de l’âge. Car les vieux doivent avoir la parole de l’histoire dans ce genre de fable. Le contenu de la phrase tenait apparemment du borborygme, puisque Génissandre n’y comprit rien (aussi peut-on émettre des doutes scientifiques quant à l’existence même de cette assertion, mais ne tirons pas sur les ficelles de la discorde et tenons en nous à la trame principale) : Comme à l’accoutumé, il se put que la mère Toilchat, complètement ivre, fusse prise dans le tourbillon baveux d’une transe hallucinatoire et que Génissandre ait elle-même par inadvertance entamé une bouteille d’alcool multivitaminé prune-patate-bettrave, qu’elle avait drogué pour séduire un mec de la ville : un portoricain borgne qui chaque semaine venait étudier les comptes de sa mère : comme d’hab, salade de doigts noueux et calleux et on repart avec un fromage et du pognon sans être passé par Génissandre.

C’est dans ce contexte éthylo-psychotropique que fut dite la phrase suivante (à priori par madame Toilchat ayant recouvré la mémoire, mais rien n’est certain dans cette affaire) :

« Ma fille La machine à permanente ne sera inventé que dans dix ans et en plus de cela, dans une réalité alternative. Ton passif est bien trop important, tu as encore les grosses façons de tes ascendants. Tu n’es prête ni pour le progrès, ni pour faire de ton corps une arme de destruction du cocon familial traditionnel au profit du grand capital. C’est pas ta faute ma chérie, c’est l’histoire, peut-être dans quelques générations… » Elle tapota péniblement ce qu’elle croyait être l’épaule de sa fille « …J’entends déjà tous les ancêtres gueuler…ah non… veut pas ça…et monsieur Planchin s’appelles Gérard Flavel, j’ai appris hier qu’il était portoricain par un ami de la cousine du frère-père de… …..bouaouboua… et Gribelin troud’œil l’ancien est un véritable connard, t’a pas intérêt à me l’rammener …bouaboua…troisième branche…du…»

Et sa pauvre mère s’écroule dans un fracas grossier de pleins de trucs sales de grand-mère de campagne….et Géni (on la connait maintenant) d’en profiter pour subtiliser les sous de sa dot dans la besace accrochée à la cheminée et de s’en aller vers la plaine quémander les services capillaires de la Mama Confiance Diallo III, habitante d’une réalité alternative rétro futuriste (la permanente c’est rétro pour Diallo mais futuriste pour Géni). Au pays de Génissandre, le temps se mesure à l’altitude, on aura compris le parallèle symbolique : la montagne c’est le passé et la plaine c’est le futur alternatif possible: questionnement sur notre identité, le sens de l’histoire, nos compromissions etc…

Génissandre descendit donc dans le clair-obscur trompeur du petit matin les pentes accidentées de l’histoire. Elle allait faire voir à cette radasse portoricaine qui d’elle ou de sa vieille mère était la plus à même de vivre à son bras une existence pétillante de jeune provinciale recluse et sans ambitions dans une bourgade modeste et moyennement équipée. « Je pourrais alors rêver toute mon existence d’une vie de luxe frivole dans une saine résignation » songeait-elle « quelle libération pour une femme de campagne ! ». Depuis qu’elle avait non sans mal lu « une vie » de Maupassant en cachette durant quelques années, elle entretenait ce rêve secret et son cœur brulait d’une passion tiède et modérée. Ce qui pour une fille de campagne était exceptionnel.

« Ah mon vieux flavel ! On voit que t’est encore trop con, arriéré et provincial pour connaitre une personne de l’acabit de madame Diallo, je vais te montrer ce que c’est que la classe libérée des années 70 dans une réalité alternative dont tu n’imagines pas la potentialité suggestive dans le présent, ah ! Toi, ton boulier et ton œil de verre pourri, mais que caches-tu donc de mystérieux derrière cet œil ? »

Aussi connaissons nous la tragique fin de l’histoire : La permanente à mal tourné car dans les années 50, la technique n’existe pas encore alors forcément… Mme Diallo, fille d’immigrés sans le sou, avait senti le filon. Avec tous ces bouseux des collines à l’est et ces petites nymphettes des plaines de l’ouest, et les années 70 qui se profilent et toutes les autres années qui viennent après. Mais Génissandre n’avait pas écouté les conseils de sa mère et s’était foutue de la permanence des choses. « Ma pauvre, Génissandre » lui dit Jésus Diabaté lors d’une sainte apparition, « à toi seule tu ne pouvais prendre les devants de l’histoire et briser l’immuabilité salvatrice des peuples fiers et frondeurs de ces campagnes suspendues. Il faut une concertation collégiale et démocratique, suivi d’un plan de réhabilitation décentralisé, pour ça. C’est fini le fascisme populaire des vieilles années…(relis Deleuze) »

Après la séance de radiation intensives «madame beauté au magnésium » de Mama Confiance Diallo III, des vieux ayant quelques-uns de ses traits, se mirent à pousser sur le crâne de Génissandre et commençèrent comme par hasard à émerger par leurs bouches braillardes. C’était les ancêtres de Génissandre qui comme dans l’imprécation de Magdalon la baleine délurée (de son surnom de jeune fille, refoulé dans les replis poussiéreux de sa mémoire) étaient venus gueuler de ce paradoxe temporel grossier et de ne plus savoir ou se foutre si l’histoire n’était plus chronologique

Aussi, étaient-ils là pour s’interposer entre elle et Gérard Flavel (dont elle n’est pas du tout amoureuse leur dit-elle, l’amour n’a jamais été l’enjeu lui répondent-ils à l’unisson). Gérard, à l’étonnement de Génissandre, fut le dernier à apparaitre en fin d’après-midi au sommet de sa tumeur, et le corps pratiquement émergé. « Ce n’est pas correcte de ne pas avoir de dot à présenter à sa famille » disaient les ancêtres, et Gribelin trou d’œil l’ancien de rajouter « et en plus c’est un étranger, parce que seuls les portoricains ont une telle musculature et des reins de cette solidité d’après madame Poilchatte ». Ils éclatent de rire (sauf les quelques-uns qui portent le même nom) et du choc quelques yeux de verre tombent puis roulent sur le sol.

Gérard Flavel se retrouvait dans cet amas temporel sordide après avoir pris une météorite sur le coin de la jambe. Il fit malgré lui deux fleurs à Génissandre : celui de lui donner une ascendance de petite provinciale pâlotte proche de ses sous avec la chance d’espérer aspirer à une vie d’aspirateurs et de magnétoscopes (ce qu’elle ne comprit qu’après les longues explications agacées de Mauricien œil en moins), ainsi qu’un mensonge parfaitement crédible à raconter à sa mère en rentrant à la maison, elle qui était dépourvue de toute imagination. Elle lui dira qu’elle s’est prise une météorite sur le coin de la gueule d’après les termes exacte de Gérardo Flavielic (qui dans la soirée dévoilera son patronyme réel et tout ses secrets, plus complexes qu’on ne le pensait dans un grand concert de pleurs et de regrets).

20 ans plus tard dans la réalité de Génissandre, la permanente n’existe pas puisqu’une anticipation temporelle sortie de son cerveau malade l’a révélée cancérigène. Sa tumeur au cerveau aurait pu ne pas en arriver au stade critique de l’hallucination ancestrale si elle n’avait pas voulu droguer un portoricain pour devenir une petite gourgandine des villes d’un futur alternatif, fini par en ingérer elle-même et si elle avait mangé des racines de ciguë en rentrant chez elle. Mais dans le monde de Génissandre les paysans sont déjà trop aliénés pour y connaitre quoi que ce soit en plantes médicinales.

Tout ça pour dire que Génissandre est une sale petite menteuse, qui, parce qu’elle a nuit par égoïsme à la cohérence historique du récit, est devenu une espèce de symbole de la recherche de notre identité dans notre monde contemporain parallèle, à cause d’avatars alternatifs de nos écrivant parisianistes, ayant trouvé dans la fable une allégorie commode.

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