Patacaisse astral

Agrégat architectural, juste avant la formation du trou d’air. Crayon a papier sur canson 24×32. Le dessin étant fait à main levée, les perspectives ne sont pas vraiment juste ni les traits vraiment droits

Depuis les jardins suspendus qui surplombaient la cité, Gribagnin Flapaduc observait la formation nuageuse menaçante qui se dessinait dans la clarté du soleil mourant de la nouvelle Terre. Le ciel vide irradiait d’un calme étrange que ne venait plus perturber les appareils de transports volants. Gribagnin était venu contempler la ville morte une dernière fois avant de se lancer dans un grand final que seule la sénilité pouvait rendre possible. L’agrégat architectural qui s’étalait sous ses pieds jusqu’à l’horizon était le fruit de centaines d’années d’expansion urbaine effrénée. Les différentes peuplades qui avaient constitué successivement le cœur vivant de la cité avaient construit, jusqu’à des hauteurs de plusieurs kilomètres par endroits, sans jamais rien détruire des vestiges des civilisations qui les avaient précédées.

Les fondations colossales des strates supérieures criblaient la ville originale, abandonnée depuis longtemps, de pylônes gigantesques. Au niveau du sol les rues désertes qui serpentaient entre les colonnes de soutient étaient plongées dans une quasi obscurité. Toutes les habitations y avaient été laissées intactes par les populations de jadis lorsqu’elle avaient émigré vers le pourtour ou les étages supérieurs de la ville. Dans la pénombre éternelle n’erraient plus que les machines chargées de l’entretient des structures dont les échos des crissement métalliques résonnaient encore le long des anciennes artères et parcouraient parfois les gaines d’aération pour venir se noyer dans le bruit de la ville de surface.

Aujourd’hui pourtant cette mégalopole enterrée avait retrouvé son activité d’antan. Les maisons étaient de nouveau occupées, les centres administratifs fonctionnaient a plein régime et les machines de rénovation des structures se frayaient difficilement un chemin dans les ruelles encombrées pour accomplir inlassablement le travail pour lequel elles avaient été conçues. Car en ce jour un phénomène sans précédent prenait corps dans le ciel qui risquait sans nul doute d’emporter avec lui tout ce qui se trouvait à la surface sur plusieurs centaines de mètres. Certains disaient que les fondations elle mêmes risquaient d’être arrachées à la terre.

Depuis plusieurs semaines le ciel prenait une forme inquiétante, une gueule gigantesque de nuages menaçant dont les mâchoires se tordaient de plus en plus vite s’apprêtait à dépecer la terre. La lumière du soleil de la nouvelle terre, Hellos, avait commencé à faiblir il y a quelques années et s’apprêtait à entrainer avec lui la planète dans sa formidable agonie, vers ce qui semblait être a présent sa phase finale. Le dérèglement de l’activité solaire avait désaxé la nouvelle terre et perturbé considérablement son activité magnétique, qui se reconfigurait à présent selon des schémas défiant toutes les prévisions. L’atmosphère de la planète échappait lentement à sa gravité et se retrouvait propulsée dans l’espace ou vers les deux lunes à présent trop proches. Il y a 48h, le vent vertical était devenu perceptible par les sens humains et s’intensifiait d’heures en heures. Il ne serait bientôt plus possible de parcourir la surface sans risquer de se retrouver aspiré. Une chape d’encre s’étendait aussi loin que l’on pouvait voir depuis les hauteurs de la cité, contrastant avec la gorge de la tempête d’où seule perçait encore la lumière pâle d’Hellos. A travers la couche d’atmosphère toujours plus mince qui se creusait dans l’ébène, son éclat paraissait démesuré. Ses flammes moribondes bruleraient bientôt tout ce qui se trouverait sous ce tunnel direct vers l’espace.

Depuis les premiers signes d’affaiblissement du soleil la population avait commencé à quitter la planète par tous les moyen de transports spatiaux disponibles. Il n’en restait aujourd’hui aucun et la population restante, constituée de couches les plus pauvres de la population et de ceux qui s’étaient refusé à partir avait du s’organiser comme elle pouvait. Le plan qui était mis en œuvre était celui d’une foule désespérée qui essayait de gagner du temps comme elle le pouvait. Les hauteurs de la ville n’étaient plus occupées que par des vieilles personnes tartinées de crème solaire, qui sirotaient des cocktails en contemplant la mort tourbillonnante qui les enverraient bientôt rencontrer le ciel au sens littéral.

Gribagnin faisait partie de cette dernière catégorie. Il attendait l’apothéose pendant que la population laborieuse finalisait le colmatage de la cité inférieure. Les fondations qui plongeaient profondément dans la croute terrestre et la superstructure qui recouvrait la ville basse avaient servi de matière première à l’édification d’une bulle hermétique. Ainsi, même si la cité entière était propulsée vers la lune, il subsisterait une atmosphère respirable dans son enceinte. Ce plan avait néanmoins plusieurs défauts, le premier était que si la tempête s’arrêtait au milieu de l’aspiration de la cité, dans le cas ou elle se produirait, rien n’avait été prévu pour amortir la chute, le deuxième était que même si effectivement la cité se retrouvait en orbite autour de la planète ou d’une de ses deux lunes, son autonomie n’était que de quelques mois. Or la nouvelle Terre était devenue presque inhabitable et la flotte galactique la plus proche se trouvait à plusieurs années du système d’Hellos. Si la ville restait encrée sur la surface, cela ne réglait en rien le problème des tempêtes à venir et la raréfaction de l’atmosphère qui devenait dramatique. Dans tous les cas, les chances de survie de la population n’étaient pas nulles, mais vraiment très faibles.

– Il est temps de descendre M’sieur Flapaduc, l’aspiration va devenir létale dans moins d’une heure et il y a une sacrée trotte jusqu’aux fondations.

– Je préfère rester là, j’ai déjà 80 piges et quitte a mourir autant que ce soit avec classe dans les grandes largeurs.

– Vous serez probablement mort de brulures au troisième degré avant que la situation devienne bandante mais si vous voulez finir comme Jeanne d’Arc c’est vous qui voyez.

– J’ai une combinaison spatiale et j’ai toujours rêvé d’être le premier homme à aller à pied dans l’espace. D’ailleurs si vous vouliez bien inscrire cet exploit dans les annales je vous en serait gré.

– Vous ne serez sans doute pas le seul, en tout cas vous n’êtes pas le premier et certainement pas le dernier à refuser de descendre. Comment voulez vous qu’on homologue votre performance dans ces conditions, ce ne serait pas fair-play pour les autres.

– Les autres n’ont pas de balise de localisation qui résiste aux perturbations magnétiques. Tenez, voici le code d’identification de mon émetteur.

– Sauf le respect que je vous doit Monsieur Flapaduc, je ne crois vraiment pas que l’administration en ait quelque chose à foutre de vos lubies de vieil excentrique dans la situation actuelle.

– Vous perdez un temps précieux à bavarder avec moi, prenez ce foutu code et faites-en ce que vous voulez. De toute façon je n’aurai pas le loisir de profiter de mon succès, s’il se confirme, puisque je serais mort. Contentez vous de me dire que vous le ferez et ça me suffira à mourir heureux. Par ailleurs s’il s’avère que vous transmettez ma performance aux autorités compétentes vous pourrez au moins dire que vous avez côtoyé le premier homme à voyager dans l’espace sans moyens de locomotion, je suis sur que vous en retirerez des avantages si d’aventure vous surviviez.

– Qu’il en soit ainsi. Amusez-vous bien.

– Vous de même.

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