Gontrande et Jean Firmin

Gontrande et Jean-Firmin le jour de la mort d’Alscibiette. Crayon à papier fait au boulot. Oué oué, quand la machine calcule des trucs on à le temps.

Alscibiette avait eu une mort a l’image de sa vie d’hédoniste effrénée : sur une broche entre deux cow-boys, les flammes léchant sa carcasse plumée dans un crépitement de graisse odorante.
Sa courte existence avait été le théâtre de nombreux retournements, un fleuve en crue permanente dont le seul élément constant avait été Jean-Firmin, sa digue immuable au milieu des embruns. Elle l’avait rencontrée lors de la fête annuelle des tourneurs-fraiseurs de Puerto-Rico organisée par le syndicat des col-verts.
Petit rouge Gorge de basse extraction, Jean-Firmin noyait son complexe d’infériorité en enfouissant sa tête dans une barrique de bière comme le font les Autruches, magnifiques oiseaux s’il en est. Les autruches ne savent pas voler, certes, mais quelle classe, quelle élégance dans ces jambes qui n’en finissent jamais. Le bec au fond d’une cruche, la conscience élevée par des rêves fantastiques, ostracisé par les convives, Jean-Firmin irradiait la fraicheur de l’innocence bafouée par la rudesse de la vie. Alscibiette l’avait harponnée à la manière d’un oiseau de proie. S’en était suivie une romance torride ponctuée de torrents d’étreintes vigoureuses dont les éclats résonnent encore dans les rues étroites de San Juan.

Sous le regard triste de Jean Firmin, la chair tendre de son éternel amour caramélisait lentement dans la fumée délicate qui montait du feu des deux braconniers. Le persil et les épices embaumaient l’air tiède de la nuit d’un parfum épais qui sentait bon la garrigue, l’habitat naturel d’Alscibiette. Une belle soirée se profilait pour les braconniers, une de ces longue et chaude soirées d’été propice à l’amour et à la déraison.

C’est dans ce cadre ambigu qui caractérise les scènes poignantes que Gontrande se pose aux coté de Jean-Firmin dans les lueurs dansantes du festin qui s’annonce.

– Votre ramage a toujours jeté le trouble en moi, Jean Firmin. Vous êtes depuis des années le rossignol qui illumine mes rêves érotiques de frémissements extatiques.

– Je ne suis pas un rossignol, Gontrande, je ne suis qu’un redneck. Un triste rouge gorge dont la seule raison de vivre se résume aujourd’hui à un succulent repas qui ne lui est même pas destiné.

– Je puis croire que vous abandonniez ainsi ! Ce défaitisme révoltant vous rend laid, obscène et laid. Ou est donc passé le fier héritier de Diogène qui cuvait sons vin avec l’acharnement âpre d’un Helléniste de compétition dans une orgie romaine. Faites moi l’amour comme un capitaine de Galère, Jean-Firmin, laissez les plaisirs de l’existence s’emparer à nouveau de votre anatomie !

– Désolé Gontrande, mon cœur appartient pour l’éternité à celle qui tourne à présent sur la broche de ces deux importuns.

– Je vous aime Jean-Firmin, faites que sa mort n’ait pas été inutile ! Qu’au moins le feu d’une passion éteinte fasse naître dans la douceur de cet air fiévreux une exhalation nouvelle !

– Vos paroles ont la douceur du miel et l’ondulation de votre plumage est une invitation à l’ivresse qui aurait pu trouver en moi un écho vibrant si mes désirs d’aujourd’hui n’étaient pas qu’une poignée de cendre emportée par les zéphyrs de mes amours mortes.

– Au diable votre poésie de pilier de bar à putes pour drogués dépressifs. Bordel de merde Gontrand, je ne vous voyais pas si con, Alscibiette a eu bien de la patience. Ces deux chasseurs qui se laissent aller dans un manque de pudeur total lui ont peut-être rendu service en la retirant de votre existence pathétique !

Ne pouvant plus retenir sa tristesse infinie, Jean-Firmin fond en larmes dans le Giron secourable de Gontrande qui a bien calculé son coup. Serrant Jean Firmin dans ses ailes duveteuses elle retiens un sanglot. Ça y est, elle a enfin trouvé l’amour.

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