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Gontrande et Jean Firmin

Gontrande et Jean-Firmin le jour de la mort d’Alscibiette. Crayon à papier fait au boulot. Oué oué, quand la machine calcule des trucs on à le temps.

Alscibiette avait eu une mort a l’image de sa vie d’hédoniste effrénée : sur une broche entre deux cow-boys, les flammes léchant sa carcasse plumée dans un crépitement de graisse odorante.
Sa courte existence avait été le théâtre de nombreux retournements, un fleuve en crue permanente dont le seul élément constant avait été Jean-Firmin, sa digue immuable au milieu des embruns. Elle l’avait rencontrée lors de la fête annuelle des tourneurs-fraiseurs de Puerto-Rico organisée par le syndicat des col-verts.
Petit rouge Gorge de basse extraction, Jean-Firmin noyait son complexe d’infériorité en enfouissant sa tête dans une barrique de bière comme le font les Autruches, magnifiques oiseaux s’il en est. Les autruches ne savent pas voler, certes, mais quelle classe, quelle élégance dans ces jambes qui n’en finissent jamais. Le bec au fond d’une cruche, la conscience élevée par des rêves fantastiques, ostracisé par les convives, Jean-Firmin irradiait la fraicheur de l’innocence bafouée par la rudesse de la vie. Alscibiette l’avait harponnée à la manière d’un oiseau de proie. S’en était suivie une romance torride ponctuée de torrents d’étreintes vigoureuses dont les éclats résonnent encore dans les rues étroites de San Juan.

Sous le regard triste de Jean Firmin, la chair tendre de son éternel amour caramélisait lentement dans la fumée délicate qui montait du feu des deux braconniers. Le persil et les épices embaumaient l’air tiède de la nuit d’un parfum épais qui sentait bon la garrigue, l’habitat naturel d’Alscibiette. Une belle soirée se profilait pour les braconniers, une de ces longue et chaude soirées d’été propice à l’amour et à la déraison.

C’est dans ce cadre ambigu qui caractérise les scènes poignantes que Gontrande se pose aux coté de Jean-Firmin dans les lueurs dansantes du festin qui s’annonce.

– Votre ramage a toujours jeté le trouble en moi, Jean Firmin. Vous êtes depuis des années le rossignol qui illumine mes rêves érotiques de frémissements extatiques.

– Je ne suis pas un rossignol, Gontrande, je ne suis qu’un redneck. Un triste rouge gorge dont la seule raison de vivre se résume aujourd’hui à un succulent repas qui ne lui est même pas destiné.

– Je puis croire que vous abandonniez ainsi ! Ce défaitisme révoltant vous rend laid, obscène et laid. Ou est donc passé le fier héritier de Diogène qui cuvait sons vin avec l’acharnement âpre d’un Helléniste de compétition dans une orgie romaine. Faites moi l’amour comme un capitaine de Galère, Jean-Firmin, laissez les plaisirs de l’existence s’emparer à nouveau de votre anatomie !

– Désolé Gontrande, mon cœur appartient pour l’éternité à celle qui tourne à présent sur la broche de ces deux importuns.

– Je vous aime Jean-Firmin, faites que sa mort n’ait pas été inutile ! Qu’au moins le feu d’une passion éteinte fasse naître dans la douceur de cet air fiévreux une exhalation nouvelle !

– Vos paroles ont la douceur du miel et l’ondulation de votre plumage est une invitation à l’ivresse qui aurait pu trouver en moi un écho vibrant si mes désirs d’aujourd’hui n’étaient pas qu’une poignée de cendre emportée par les zéphyrs de mes amours mortes.

– Au diable votre poésie de pilier de bar à putes pour drogués dépressifs. Bordel de merde Gontrand, je ne vous voyais pas si con, Alscibiette a eu bien de la patience. Ces deux chasseurs qui se laissent aller dans un manque de pudeur total lui ont peut-être rendu service en la retirant de votre existence pathétique !

Ne pouvant plus retenir sa tristesse infinie, Jean-Firmin fond en larmes dans le Giron secourable de Gontrande qui a bien calculé son coup. Serrant Jean Firmin dans ses ailes duveteuses elle retiens un sanglot. Ça y est, elle a enfin trouvé l’amour.

The adventures of Rodeo-Jim

Rodeo Jim chassant le dragon des îles du sud à bord d’une navette de transport sauvage. Dessin au crayon a papier

Un homme ténébreux dont le hormones sentent le musc de Rhinocéros, un soleil couchant qui se découpe à l’horizon noyé par les bruits déchirés de râlements gutturaux. Chevauchant la croupe puissante d’un navette de transport fraichement capturée, Rodéo-Jim le desperados des espaces farouches regarde vers l’horizon comme si demain n’existait pas. Les muscles tendus comme un string de princesse, le vagabond des grandes plaines cherche une proie, son lasso ondulant sous la brise. Une sueur âcre lui coule le long des tempes lui donnant l’allure d’un gladiateur du désert. Dans ses veines saillantes pulse le flot rageur de la victoire. Dans son palais reviens sans cesse le gout du sang et de l’alcool. Scrutant ainsi le lointain et le soleil couchant en contre jour, Rodeo-Jim à l’air d’un grand fauve au faux air de Brad Pitt.
Tout d’un coup, au loin, dans le crépuscule de la journée moite, Rodeo-Jim à l’œil de Lynx aperçoit la bête monstrueuse qui se tapit lâchement sous la lumière encore vive du soleil. La beste possède un long corps de serpent qui ondule lugubrement dans le ciel serein du Texas et dans sa mâchoire, une rangée de dents affutées comme des poignards n’attendent plus que la chaire innocente de leur prochaine victime.

Ce pimpant serpent volant au sourire étincelant, c’est Romuald, le dragon des îles du sud, qui reviens de chez le laitier avec son petit pot de crème afin d’aller nourrir sa mère grand qui est bien malade la pauvre. Romuald n’a même pas le temps d’être surpris que déjà Rodeo-Jim fond sur lui tel l’aigle sur un aigle situé en contrebas et qui aurais mal parlé sur sa mère.

– YIHAAAAAAAA !

Romuald, que la manœuvre n’avait pas eu le temps d’effrayer par manque de surprise, regarde ce petit homme à l’air gaillard lui foncer dessus comme un policier de la BAC en plein trip. Cette petite créature hurlante serait elle en train de se précipiter avec désarroi vers une mort certaine ? Quelle idée aussi de monter sur le toit d’une bagnole volante sans ceinture quand on ne sait pas voler. N’écoutant que son cœur, Romuald décide de porter son aide à ce malheureux qui semble dans une situation délicate. Bondissant en direction de Rodeo-Jim il étends son rostre afin de le saisir avant que celui-ci ne dévisse.

« Fils de pute » se dit Jim en évitant de justesse le bourre pif que cette saloperie de bestiole s’apprêtait à lui décrocher en pleine gueule. Le monstre laisse échapper un rugissement et Rodéo-Jim sait alors qu’il est entrain de gagner la bataille psychologique. Passant derrière le monstre, il retourne son vaisseau d’un coup d’éperon dont la grâce n’a d’égale que la dextérité et lance son lasso. Le combat qu’il a engagé est un combat sans retour !

Le cœur de Romuald bondit dans sa poitrine. Il à raté l’homme, qui se retrouve à présent en dessous de lui. Paniqué à l’idée d’avoir échoué à préserver une vie si fragile, Romuald laisse échapper un cri. La petite créature se retourne et lui lance un filin pour se raccrocher à lui. Romuald le saisit avec la tête à la vitesse de l’éclair.

« Gotcha Mothafucka ! » Se dit Jim en Anglais. Tirant sur son lasso avec la vivacité d’une mygale bondissante de l’Arizona il étrangle la créature qui se contorsionne dans un râle de douleur. Éperonnant sa monture d’un geste calculé il tourne autour de sa cible pour la saucissonner comme du saucisson. Rodeo-Jim est un homme d’action, pas un homme de métaphores, alors saucissonner comme du saucisson lui convient parfaitement. La bataille fait rage et l’écume lui monte aux lèvres, dans son œil la rage brûle comme un fanion ennemi le jour de la reddition. Malgré le feu qui lui consume les tripes et fait bruler ses poings, la bête résiste, se cabre. Ses muscles puissants roulent sous sa peau épaisse. Jim résiste aux assauts, tire sur la corde, strangule, frappe, bave de rage, hurle ! Le tourbillon de violence qui le lie à la bête l’enivre, l’univers n’existe plus, seul reste l’ennemi vers lequel toute sa haine est tendue, qui le pénètre de sa hargne tenace. Les coups, les chocs, le sang et soudain : le noir.

Des qu’il a saisi le filin, le petit engin sur lequel se trouvait l’humain se met à virevolter en tous sens, entrainant l’homme qui s’agrippe toujours désespérément à la fragile ficelle. Celui-ci tient bon malgré les chocs. La ficelle s’enroule autour de Romuald et l’humain se cogne violemment contre sa peau épaisse à plusieurs reprises. Il a l’air un peu sonné mais continue de s’agripper. On dirait un petit chaton pris dans une pelote de laine. Tout danger est à présent écarté et on dirait que l’humain veut jouer avec Romuald, il continue à lui tourner autour avec sa ficelle en émettant des petits bruits. Au bout d’une heure de ce spectacle adorable, la petite créature s’endort paisiblement contre Romuald. Il ferait un petit animal de compagnie parfait pour ses enfants.

Rodéo-Jim s’éveille dans la tanière de la bête, captif, soumis, réduit en esclavage.

-Trois années se sont écoulées-

Le petit humain s’est enfuit de chez Romuald, ses enfants sont infiniment tristes, surtout le petit dernier qui s’était beaucoup attaché.

Rodeo-Jim a enfin réussi à s’enfuir. La situation n’était pas dégueulasse, le dragon avait de la bonne bouffe et ses gosses étaient chouettes, mais Rodeo-Jim est un fils du vent, un enfant de l’aventure et des étendues sauvages qui ne peut résister à l’appel de son destin.

Patacaisse astral

Agrégat architectural, juste avant la formation du trou d’air. Crayon a papier sur canson 24×32. Le dessin étant fait à main levée, les perspectives ne sont pas vraiment juste ni les traits vraiment droits

Depuis les jardins suspendus qui surplombaient la cité, Gribagnin Flapaduc observait la formation nuageuse menaçante qui se dessinait dans la clarté du soleil mourant de la nouvelle Terre. Le ciel vide irradiait d’un calme étrange que ne venait plus perturber les appareils de transports volants. Gribagnin était venu contempler la ville morte une dernière fois avant de se lancer dans un grand final que seule la sénilité pouvait rendre possible. L’agrégat architectural qui s’étalait sous ses pieds jusqu’à l’horizon était le fruit de centaines d’années d’expansion urbaine effrénée. Les différentes peuplades qui avaient constitué successivement le cœur vivant de la cité avaient construit, jusqu’à des hauteurs de plusieurs kilomètres par endroits, sans jamais rien détruire des vestiges des civilisations qui les avaient précédées.

Les fondations colossales des strates supérieures criblaient la ville originale, abandonnée depuis longtemps, de pylônes gigantesques. Au niveau du sol les rues désertes qui serpentaient entre les colonnes de soutient étaient plongées dans une quasi obscurité. Toutes les habitations y avaient été laissées intactes par les populations de jadis lorsqu’elle avaient émigré vers le pourtour ou les étages supérieurs de la ville. Dans la pénombre éternelle n’erraient plus que les machines chargées de l’entretient des structures dont les échos des crissement métalliques résonnaient encore le long des anciennes artères et parcouraient parfois les gaines d’aération pour venir se noyer dans le bruit de la ville de surface.

Aujourd’hui pourtant cette mégalopole enterrée avait retrouvé son activité d’antan. Les maisons étaient de nouveau occupées, les centres administratifs fonctionnaient a plein régime et les machines de rénovation des structures se frayaient difficilement un chemin dans les ruelles encombrées pour accomplir inlassablement le travail pour lequel elles avaient été conçues. Car en ce jour un phénomène sans précédent prenait corps dans le ciel qui risquait sans nul doute d’emporter avec lui tout ce qui se trouvait à la surface sur plusieurs centaines de mètres. Certains disaient que les fondations elle mêmes risquaient d’être arrachées à la terre.

Depuis plusieurs semaines le ciel prenait une forme inquiétante, une gueule gigantesque de nuages menaçant dont les mâchoires se tordaient de plus en plus vite s’apprêtait à dépecer la terre. La lumière du soleil de la nouvelle terre, Hellos, avait commencé à faiblir il y a quelques années et s’apprêtait à entrainer avec lui la planète dans sa formidable agonie, vers ce qui semblait être a présent sa phase finale. Le dérèglement de l’activité solaire avait désaxé la nouvelle terre et perturbé considérablement son activité magnétique, qui se reconfigurait à présent selon des schémas défiant toutes les prévisions. L’atmosphère de la planète échappait lentement à sa gravité et se retrouvait propulsée dans l’espace ou vers les deux lunes à présent trop proches. Il y a 48h, le vent vertical était devenu perceptible par les sens humains et s’intensifiait d’heures en heures. Il ne serait bientôt plus possible de parcourir la surface sans risquer de se retrouver aspiré. Une chape d’encre s’étendait aussi loin que l’on pouvait voir depuis les hauteurs de la cité, contrastant avec la gorge de la tempête d’où seule perçait encore la lumière pâle d’Hellos. A travers la couche d’atmosphère toujours plus mince qui se creusait dans l’ébène, son éclat paraissait démesuré. Ses flammes moribondes bruleraient bientôt tout ce qui se trouverait sous ce tunnel direct vers l’espace.

Depuis les premiers signes d’affaiblissement du soleil la population avait commencé à quitter la planète par tous les moyen de transports spatiaux disponibles. Il n’en restait aujourd’hui aucun et la population restante, constituée de couches les plus pauvres de la population et de ceux qui s’étaient refusé à partir avait du s’organiser comme elle pouvait. Le plan qui était mis en œuvre était celui d’une foule désespérée qui essayait de gagner du temps comme elle le pouvait. Les hauteurs de la ville n’étaient plus occupées que par des vieilles personnes tartinées de crème solaire, qui sirotaient des cocktails en contemplant la mort tourbillonnante qui les enverraient bientôt rencontrer le ciel au sens littéral.

Gribagnin faisait partie de cette dernière catégorie. Il attendait l’apothéose pendant que la population laborieuse finalisait le colmatage de la cité inférieure. Les fondations qui plongeaient profondément dans la croute terrestre et la superstructure qui recouvrait la ville basse avaient servi de matière première à l’édification d’une bulle hermétique. Ainsi, même si la cité entière était propulsée vers la lune, il subsisterait une atmosphère respirable dans son enceinte. Ce plan avait néanmoins plusieurs défauts, le premier était que si la tempête s’arrêtait au milieu de l’aspiration de la cité, dans le cas ou elle se produirait, rien n’avait été prévu pour amortir la chute, le deuxième était que même si effectivement la cité se retrouvait en orbite autour de la planète ou d’une de ses deux lunes, son autonomie n’était que de quelques mois. Or la nouvelle Terre était devenue presque inhabitable et la flotte galactique la plus proche se trouvait à plusieurs années du système d’Hellos. Si la ville restait encrée sur la surface, cela ne réglait en rien le problème des tempêtes à venir et la raréfaction de l’atmosphère qui devenait dramatique. Dans tous les cas, les chances de survie de la population n’étaient pas nulles, mais vraiment très faibles.

– Il est temps de descendre M’sieur Flapaduc, l’aspiration va devenir létale dans moins d’une heure et il y a une sacrée trotte jusqu’aux fondations.

– Je préfère rester là, j’ai déjà 80 piges et quitte a mourir autant que ce soit avec classe dans les grandes largeurs.

– Vous serez probablement mort de brulures au troisième degré avant que la situation devienne bandante mais si vous voulez finir comme Jeanne d’Arc c’est vous qui voyez.

– J’ai une combinaison spatiale et j’ai toujours rêvé d’être le premier homme à aller à pied dans l’espace. D’ailleurs si vous vouliez bien inscrire cet exploit dans les annales je vous en serait gré.

– Vous ne serez sans doute pas le seul, en tout cas vous n’êtes pas le premier et certainement pas le dernier à refuser de descendre. Comment voulez vous qu’on homologue votre performance dans ces conditions, ce ne serait pas fair-play pour les autres.

– Les autres n’ont pas de balise de localisation qui résiste aux perturbations magnétiques. Tenez, voici le code d’identification de mon émetteur.

– Sauf le respect que je vous doit Monsieur Flapaduc, je ne crois vraiment pas que l’administration en ait quelque chose à foutre de vos lubies de vieil excentrique dans la situation actuelle.

– Vous perdez un temps précieux à bavarder avec moi, prenez ce foutu code et faites-en ce que vous voulez. De toute façon je n’aurai pas le loisir de profiter de mon succès, s’il se confirme, puisque je serais mort. Contentez vous de me dire que vous le ferez et ça me suffira à mourir heureux. Par ailleurs s’il s’avère que vous transmettez ma performance aux autorités compétentes vous pourrez au moins dire que vous avez côtoyé le premier homme à voyager dans l’espace sans moyens de locomotion, je suis sur que vous en retirerez des avantages si d’aventure vous surviviez.

– Qu’il en soit ainsi. Amusez-vous bien.

– Vous de même.

La mouillabilité

Hans Hitchauser et ses conseillers durant une séance de Brainstorming, juste avant sa phénoménale découverte relatée ci-dessous.

LA MOUILLABILITÉ

Introduction

Tout le monde sait que l’eau mouille. Si aujourd’hui ce fait nous parait évident, il n’en fut pas toujours de même. C’est au milieu du 19eme siecle que le physicien Hans Hitchauser a déclaré cette phrase désormais célèbre : « L’eau mouille ». Cette découverte, au même titre que le zéro ou l’écriture était une telle évidence que tous les scientifiques du monde se demandèrent alors pourquoi ils n’y avaient pas pensés plus tôt. Bien qu’il eut ouvert la science vers une nouvelle ère, le génie de Hans Hitchauser fut rayé de l’histoire, et cette homme exceptionnel tomba dans un oubli fort cruel.

Les mouillants

Cette faculté de l’eau a mouiller s’appelle la mouillabilité. Les physiciens, en l’auguste personne d’Anatole Alderstein on convenu, en 1867, que le facteur de mouillabilité de l’eau serait pris pour référence. A la mouillabilité de l’eau il fut arbitrairement donné la valeur 3.0 (sans unitées). C’est donc à partir de l’eau que sont calculés tout les MF (Mouillability Factor) de tout les liquides existants. A l’instar du PH, on dira que le MF de l’eau pure est neutre. Un liquide très mouillant aura un MF qui tendra vers 1.0 tandis qu’un liquide peu mouillant tendra vers 5.9 (6.0 étant un degré de non mouillabilité absolu hypothétique et par conséquent inatteignable). Pour donner des exemples concrets, le liquide le plus mouillant est l’amphycohydroxylogénase hexalysinopropase d’Amoctylose désambrophylogénisé de sodium, plus simplement appelé le Grandmouillant, en raison de ses propriétés particulières. Le Grandmouillant ne peut être synthétisé que sous d’énormes pressions et a une température relativement basse,c’est a dire dans une zone de subduction de plaque océanique dont le géotherme est supérieur au solidus. Pour extraire le Grandmouillant, il faut Bruce Willis, on comprend donc la rareté extrême du Grandmouillant sur le marché. Le produit le moins mouillant est bien entendu le sable liquide, d’aucuns auront pu remarquer que le sable ne mouille pas.

Les mouillés (ou mouillables)

Attention : l’eau, certes, mouille, mais il ne faut point dans notre démarche oublier la surface mouillabilisée. Par exemple, la laine se mouille plus que le ciré jaune. Il faut donc intégrer les paramètres de mouillantisme (du latin mouillarum et du grec tismus, qui en français signifie mouillationnisme) de la surface sur laquelle le liquide sera appliquée.

Exemple de calcul

Prenons l’exemple du bois de hêtre poli, dont le mouillantisme (noté MOU) est idéalement neutre, donc égal à 16.22 (sur une échelle cartésienne allant de 1 à 32.44) et appliquons de l’eau (MF: 3.0) a sa surface. Pour calculer le degré auquel le bois sera mouillé, il faut intégrer une variable, la mouillante, nommée Mo, qui se calcule grâce à la différence entre les deux extrêmes de la valeur du composé mouillant et du composé mouillé (sachant que la marge d’erreur est de +/- 0.2% ), en se ramenant, pour chaque produit sur sa base moyenne respective (3.0 pour le mouillant et 13.22 pour le mouillé), on ramène en général ces valeurs sur une base de 10. Pour simplifier les calculs, j’ai choisi deux composés neutres, nous n’auront donc pas besoin de calculer la mouillante dans cet exemple. Ce qu’il faut ensuite, c’est calculer la somme des composés mouillables et les diviser par le mouillant. Ici, on a donc 13.22/3.0 (on rappelle que seul le calcul de la mouillante nécessité une conversion d’unités). On multiplie cette différence par la mouillante et par la constante d’Hitchauser (2.727 Unités ssi) et l’on obtient le degré auquel le matériau sera mouillé, on appelle cette valeur, le degré de mouillage. Cette valeur est comprise entre 0 et 144. Cependant, cette échelle réagit de façon exponentielle selon la fonction x², c’est a dire que la moyenne de cette échelle n’est pas 72 mais 12 (car 12²=144). Dans notre calcul, on obtient bien un degré de mouillage de 12, preuve est donc faite de l’efficacité de ce système.

Culture générale

Voici quelques exemples de degrés de mouillage théoriques :
Rappelons que le chat (MOU=32.439) est le matériau le plus mouillable et que le Plastic étamé (MOU=1,001) est le matériau le moins mouillable :

Chat + Grand mouillant = 144
Chat + Sable liquide = 12

Plastic étamé + Grandmouillant = 12
Plastic étamé + sable liquide = 0

Comparons ces valeurs avec celles de l’eau :

Chat + eau = 36
Plastic étamé + eau = 9

On ne peut que constater l’évidente neutralité de l’eau.

Le bateau naufrageur

Représentation du bateau des naufrageur de Kerplouvec juste avant un déferlante.

Lorsque les feux lointains des phares Bretons semblent se déplacer sur l’écume, les marins de Kerplouvec (c’est pas loin de Ploudernau pour ceux qui se demanderaient) ont l’habitude de rebrousser chemin. Car ces lumières inquiétantes ne peuvent être autre chose que celles du terrible bateau naufrageur du capitaine Tréguirec pourchassant sans relâche les galions des flibustiers de la presque île de Ploudernau. Selon les légendes colportées dans les bars à matelots du Trégor, le terrible capitaine Tréguirec aurait été violé par un pirate dans jeunesse et chercherais depuis à se venger. Les seuls pirates du coin étant les flibustiers de Ploudernau, ceci explique donc cela.

Les marins, qui ont aussi peur des vagues scélérates que des bateaux maudits, préfèrent généralement éviter la course du naufrageur. Et puis comme on dit, allez faire la différence entre des pirates et des marins normaux par une nuit de tempête à plus de 500 mètres. Eh bien c’est impossible et ça a d’ailleurs été prouvé par l’expérience. N’importe quel bateau de la marine nationale préfèrera lui même éviter une barque remplie de somalien au large du Yemen plutôt que de risquer un abordage. Ainsi les pêcheurs de Ploudernau, qui sont moins bien armés que des militaires ont un peu peur de se frotter à un navire 50 fois plus gros qu’une barque de Somalien, et on ne saurait leur en vouloir ça, ou alors ce serait bien mesquin.

Quoi qu’il en soit, le capitaine Tréguirec est mort en naufrageant lui même son bateau la semaine dernière parce que des marins pas con ont eu l’idée d’emporter un miroir. En voyant ses lumières se refléter dans le miroir, Tréguirec a cru rentrer dans la rade de Brest et dans un moment de panique a renversé son navire en virant de bord trop rapidement. C’est con quand même de finir comme ça mais on s’est bien fendu la gueule à Ploudernau. Tout ça pour dire que cette histoire c’est du passé mais que la recrudescence récente de flibustiers dans la région n’annonce rien de bon pour la saison touristique de 2013. Mais pourquoi nous a tu quitté, vaillant capitaine Tréguirec ?

Dévergondia Donaldson

Article tiré du magazine « Le point de croix en 12 leçons » n°31

« Sans commentaires », c’est par cette déclaration lapidaire et sans concession que Dévergondia Donaldson, la ministre de l’urbanisme et du logement social, s’est adressée ce matin à la presse suite à la situation gênante provoquée par son frère ainé, Gérard, lors du cocktail de charité annuel de l’association « Banlieues jeunes en mouvement ». (Tous les lecteurs sont évidemment avertis de la supercherie intellectuelle, morale et politique de ce genre d’association). C’est après le 3ème verre que Gérard, connu pour son addiction au « Cocktail Pan Pan » (ndlr : la nouvelle drogue de synthèse produite par les laboratoires Mercier), a perdu son sang froid. La photo ci-dessus suffira à convaincre le tout un chacun du caractère gênant de la situation.

Il est de notoriété publique que Gérard s’est retrouvé amputé de la tête à la suite d’un accident de tricycle à l’age de 13 ans, brisant à jamais la formidable carrière politique qui se dessinait déjà pour lui. Les chirurgiens s’étant servis sans retenue de la peau de son bas ventre pour tenter de reconstituer son œsophage, avaient finalement du lui greffer la bouche à la place du trou laissé dans son bas ventre ce qui, ironie du sort, rendit caduque la reconstruction de son œsophage. Vingt kilogrammes de chair étaient alors passés du centre de retraitement des déchets médicaux de l’hopital Lariboisière à l’usine de cassoulet William Saurin de Castelnaudary lors d’une campagne de promotion du don d’organes rondement menée alors que Dévergondia était directrice de la propagande au cabinet du ministre de la santé. Une opération de communication politique saluée par les médias du monde entier.

Qui est donc l’être humain qui se cache derrière la personnalité de la ministre a la fois rude et sensuelle qui a fait trois fois la une de Forbes et deux fois celle du courrier Picard rien qu’en 2011 ? Personnalité insaisissable, rusée comme la poule sénégalaise, florissante comme une rose de mai, furieuse comme le tigre de jade, impétueuse comme le fleuve jaune : ce ne sont que quelques unes des multiples facettes de Mme Donaldson. Les superlatifs manqueraient à n’importe quel journaliste politique, fut-il de TF1. De la femme nous ne connaissions que le travail et la patrie, mais depuis l’évènement d’hier nous connaissons à présent la famille. Il n’en fallait pas plus pour effectuer un tour circonspect du personnage tout en respectant l’intégralité et la rigueur journalistique.

Alors que penser de cet incident: scandale ou renouveau de popularité ? D’aucuns n’hésiteraient d’ailleurs pas à tabler sur un « faux pas » délibéré de la dynastie ministérielle. Ces personnes tireraient pourtant des conclusions qui, bien que certainement fondée sont néanmoins trop hâtives pour faire preuve de rigueur.

Les observateurs politiques compétents sont néanmoins unanime sur le message fort que peut porter un handicapé nanti montrant sa bite à des jeunes issus des quartiers populaires. Un cri désespéré pour dire à la face du monde « voyez, jeunes dépossédés, voyez comme ma fortune est misérable face à mon infortune, voyez comme la vie mérite de se battre pour ses idéaux et comme l’argent est insignifiant quand on a la volonté de s’en sortir ». Un bien beau message qui j’en suis convaincu ravira les sociaux démocrates comme les libéraux les plus acharnés.

Dévergondia vient de nous montrer que la politique ce n’est pas que lipdubs, déclarations insignifiantes sur la boulangerie française ou promotion des nettoyeurs à haute pression. La politique est parfois encore capable d’innovations, et c’est bien pour ça qu’on l’aime. Merci Dévergondia.

Au Cerf Farceur… une histoire d’amour

L’auberge du Cerf Farceur (anciennement « Serf Farceur »)

Ville de Saint-Marcelon-des-trentes-vierges. Vue de l’université Notre-Dame-de-la-nuit-noire-de-la-fin-des-temps avec l’auberge du Cerf Farceur au premier plan.

Gilbertienne de Montsolange accaparait une fois de plus toute l’attention lors d’un colloque sur les coquillages lorsqu’elle fut agressée par des voyous a capuche de l’école monacale capuchienne de Saint-Marcelon-des-trentes-vierges. L’amphitéatre était a moité vide lors de l’attaque. Les bancs usés aux couleurs de l’église de Jésus-Christ-de-la-nuit-noire-de-la-fin-des-temps témoignaient d’un passé prestigieux a jamais éteint. Lorsque ceux ci craquèrent sous l’impact du gros corps flasque de Gilbertienne, la première pensée qui traversa la tête de Furnoncule Mercier fut l’image d’une Baleine a bosse traversant la banquise lors d’un combat a mort contre des harponneurs Japonais.
Par la magie de l’inertie, l’épaisse carcasse de Gilbertienne dégringolât jusqu’à l’estrade centrale avec perte et fracas, entrainant le président honoraire du club des étudiants créationnistes dans un déluge d’esquilles.

-Bordel de merde hurla un des Capuchien, fallait vraiment qu’elle se casse la gueule jusqu’en bas tiens.

Les genoux craquant sous les rhumatismes, le chef de bande descendit en gémissant la douzaine de marches qui le séparaient de l’amas de chair frémissant qui gisait au centre de la pièce.

-Bon maintenant tu va le fermer ton claque merde, ça fait le troisième colloque qu’on peut rien comprendre parce que ta gueule tu fais rien qu’à l’ouvrir. De mon temps y’avait du respect !

Il est vrai que les vieux Capuchiens ne sont pas connus pour la douceur de leurs manières, mais tout de même ces types y allaient un peu fort. Furnoncule que les hormones travaillaient avait besoin d’un bon bain de sang pour se remettre les idées en place, surtout après 3 heures de débats à faire débander un régiment de pendus. Tandis qu’il se levait pour aller parlementer avec les belligérants, Gilberteinne se redressa en couinant.
-Eh les connards, hurla t’elle du haut de ses 140 kilos bien pesés, ptet que si vous étiez pas si cons vous arriveriez à distinguer les conneries que vous baragouinez des bruits de vos pets.
Grave erreur ! Ou cette fille était aussi demeurée qu’une génisse le jour de la traite ou bien elle en avait deux sacrément bien pendues. Alors que Furnoncule amorçait une descente en douceur vers un des encapuchonnés du fond, Gilbertienne enfonça le plexus du chef dans sa cage thoracique d’un unique et violent coup de boule. Décontenancé, Furnoncule en oublia toute sa véhémence sanguinaire, ennivré soudain par les formes hypnotiques de cette chavirante gaillarde. Tout en la dévorant amoureusement d’un regard de chanoine lubrique, il arbora son plus beau sourire pour aller l’aborder comme un navire de corsaire aborde une diligence.

Furnoncule était l’archétype du bellâtre de classe moyenne que Gilbertienne exécrait mais il avait dans les hanches la sensualité d’un ballet de danseurs Argentins et disposait d’un boule de black a faire pâlir un ballon de football. Il s’adressa à Gilbertienne avec la candeur d’une pousse de bambou perçant les dernières neiges de l’hiver et ses joues s’empourprèrent lorsqu’il se décida enfin à l’inviter boire un coup au troquet du coin. Ca tombait bien, le Cerf Farceur était un rade bien tenu qui se trouvait juste à la sortie de l’université. Les 800 marches qui séparaient les deux bâtiments auraient en plus la vertu de tenir les encapuchés à distance.

L’Auberge du Cerf Farceur était un endroit modérément attirant mais qui sentait bon la sueur et les discutions y allaient bon train. Le poing dans la gueule et le coup de latte dans les parties servant parfois d’antithèse aux apprentis rhétoriciens qui venaient y affuter leur dialectique. Bref, c’était un endroit dans lequel Gilbertienne et Furnoncule se sentaient bien.

Il faisait partie de la branche modérée des cultiriste de l’église de Jésus-Christ-de-la-nuit-noire-de-la-fin-des-temps, Elle s’intéressait juste aux coquillages. Leurs vides affectifs se résorbèrent mutuellement dans l’excès de consommation d’alcool, pourtant proscrite par la sororité des coquillologistes abstinentes dont Gilbertienne était une fidèle partisane. Ah ! L’amour. Au fur et à mesure de leurs rencontre une tendre complicité les lia irrémédiablement. La brasserie du Cerf Farceur devint cet endroit magique ou leurs rêves prenaient corps, au sens figuré comme au littéral. Gilbertienne avait besoin de l’esprit borné de Furnoncule et Furnoncule avait besoin d’exprimer ses penchants naturel de domination paternaliste sur quelqu’un de plus balaize que lui. Gilbertienne n’était pas dupe mais elle consentait volontiers à laisser de petit crétin exprimer ses bas instincts tant qu’il continuait à bouger sa petite croupe comme un félin chassant la gazelle lors d’un concours de mambo. De toute façon, un coup de boule et c’était réglé.

De nouvelles opportunités s’ouvraient enfin à Gilbertienne après toutes ces années d’abstinence. Ah, ils allaient voir ces trous du culs de la fédération de Coquillologie de l’université de l’Eglise-du-saint-sauveur-des-derniers-sacrements. Ce ramassis de couilles molles et vagins flasques s’étaient bien foutus de sa gueule lors de sa conférence sur la chromatographie des carapaces de Berniques, maintenant venait l’heure de la dîme et de la gabelle et ça allait être sauvage ! Gilbertienne comptait bien leur envoyer un Furnoncule gonflé à mort par les anabolisants qu’elle glissait dans son café aux stéroïdes. Abruti jusqu’à la couenne il foncerait dans le tas comme un Bison défiant une locomotive. Le pire c’est que Furnoncule aimerait ça. « Putain que c’est beau l’amour » se surpris t’elle à penser en vidant sa troisème bouteille de Viandox du petit déjeuner.

Après avoir plaidé la folie passagère pour le massacre d’une trentaine de congressistes, Furnoncule était sortit du tribunal comme un héros, le jugement expéditif ayant permis aux jurés de rentrer à l’heure pour voir le match. Gilbertinne qui avait obtenu sa veangeance décida de couper court à leur relation. « Et puis merde quoi, t’es jeune, fais pas chier », lui avait elle déclamé avec la fougue d’une lampe a Petrole avant d’aller se perdre dans les lueurs finissantes d’une chaude journée d’été.

Robinarde Paletot se souvient encore de sa rencontre avec Furnoncule, de la première fois qu’elle avait posé les yeux sur ce type aux faciès de bovin dépressif qui arborait un port de tête tout à fait fascinant. Sous ses traits épais elle avait su déceler la fragilité d’un esprit sensible et brisé pas la vie, brisé par les sentiments. Elle l’avait croisé au bistrot alors qu’il vantait sa bonne étoile à une assemblée de vieillards à Capuche qui semblaient suivre son récit avec attention. Robinarde détestait les capuchistes et à entendre son récit, Furnoncule semblait avoir un complexe de virilion assez singulièrement handicapant. L’occasion était trop belle. « Putain de Capuchistes de merde ! » avait elle pensé tout haut en passant devant eux. La discussion se figea et le groupe de vieillard se retourna l’écume aux lèvres. Au moment elle s’apprêtait à cogner son premier octogénaire tandis que celui-ci bondissait vers sa jugulaire toute dents dehors, Furnoncule s’était interposé en la saisissant dans une étreinte gladiatoriale. « Jackpot » avait elle pensé comme elle lui répondait d’aller se faire foutre et qu’elle était assez grande pour rendre les coups toute seule « Toi mon beau, tu vas chavirer ». Effectivement, Furnoncule avait chaviré, malgré sa timidité maladive il avait embrassé Robinarde fiévreusement en lui serrant la taille d’une main tandis que de l’autre il foutait des baffes aux Capuchistes qui lui avaient déjà bouffé deux phalanges. « Putain que c’est beau l’amour ».

La parabole de Génissandre ou la douloureuse histoire des Alpages

Est ici présenté un éclaircissement sur l’histoire incroyable de Gérard Flavel qui nous permettra d’en mieux comprendre les tenants et les aboutissants.

Ci dessous : Gerard se grattant discrètement la bite
Dessin d’après modèle de Gérard, 8 ans après les évènements décrits ci-dessous.

Par Basile Le Moigne :

« Génissum, génisirum, génissimis totemus sancti om… » Jésus Diabaté

PREMIER ACTE : PERMANENTES ET PAERMANENCES

LIVRE 3 -La parabole de Génissandre ou la douloureuse histoire des Alpages

Chapitre premier : Comment Gérard flavel s’est retrouvé dans un totem de chair composé de Génissandre et de tous les ancêtres de celle-ci (Flavien le borgne, Bernon le cyclope, Tripolain l’estropié de son œil, Gérard le dégeulasse etc…)

Génissandre était une jeune montagnarde, une rude fille des grandeurs verticales, ses yeux vitreux indiquaient la petitesse de son monde mental et sa stature toute entière, les abîmes de sa raison. Naïve mais volontaire (la pire des maladies mentales), elle aspirait à séduire monsieur Planchin, notable de province qui chaque trimestre vérifiait les comptes de madame Toilchat, sa mère, à l’aide d’un boulier pour enfant sur lequel se rencontraient sensuellement leurs mains dramatiquement contrastées par les marques que leurs vies y avaient gravé.

Génissandre était jalouse de sa pauvre mère, alors que celle-ci ne voyait en Monsieur Planchin qu’une radasse de charbonnière du nord, à cause notamment de sa cécité qu’elle assurait n’être que naissante, prétexte facile pensait sa fille, à assouvir sans craindre le seigneur ce penchant à maudire les êtres qu’on ces peuplades frustres des hauteurs maudites.

Génissandre, qui se voulait « libre et moderne comme un magnétoscope » (la musicalité de ce mot évoquait à ses oreilles un monde de plaisirs et de progrès permanent), entreprit d’aller chez un professionnel se faire une permanente, à l’attention galante de M.Planchin. Ainsi, elle pourrait paraître aussi imparfaitement sophistiquée qu’une fille de petite bourgade de province imitant elle-même grossièrement une adolescente mondaine. Un soir, sa mère, qui connaissait les mœurs des jeunes filles, tenta de l’en dissuader, mais cette dernière y entendit l’expression d’une jalousie viscérale. Aussi la situation, nous allons le voir, fut un peu confuse et l’on peut excuser les deux parties prenantes de l’amalgame qui rendu cette affaire si tragique pour l’humanité et confine aujourd’hui les hommes dans une quête absurde de leur identité Génissienne (relis Sartre).

Magdalon Toilchat (dans le conte populaire original elle s’appelle Poilchatte, ce qui a fait rire à s’en faire péter le cortex, des générations d’élèves, aux grand dam de professeur incrédules et désemparés. La censure a donc mis cette savoureuse particularité au banc de l’histoire), décidée à dissuader sa fille d’un truc d’adolescente quelconque dont elle ne se rappellerait plus, dit quelque chose d’éternel et profond, disons avec une voix tremblante mais pleine de l’assurance de l’âge. Car les vieux doivent avoir la parole de l’histoire dans ce genre de fable. Le contenu de la phrase tenait apparemment du borborygme, puisque Génissandre n’y comprit rien (aussi peut-on émettre des doutes scientifiques quant à l’existence même de cette assertion, mais ne tirons pas sur les ficelles de la discorde et tenons en nous à la trame principale) : Comme à l’accoutumé, il se put que la mère Toilchat, complètement ivre, fusse prise dans le tourbillon baveux d’une transe hallucinatoire et que Génissandre ait elle-même par inadvertance entamé une bouteille d’alcool multivitaminé prune-patate-bettrave, qu’elle avait drogué pour séduire un mec de la ville : un portoricain borgne qui chaque semaine venait étudier les comptes de sa mère : comme d’hab, salade de doigts noueux et calleux et on repart avec un fromage et du pognon sans être passé par Génissandre.

C’est dans ce contexte éthylo-psychotropique que fut dite la phrase suivante (à priori par madame Toilchat ayant recouvré la mémoire, mais rien n’est certain dans cette affaire) :

« Ma fille La machine à permanente ne sera inventé que dans dix ans et en plus de cela, dans une réalité alternative. Ton passif est bien trop important, tu as encore les grosses façons de tes ascendants. Tu n’es prête ni pour le progrès, ni pour faire de ton corps une arme de destruction du cocon familial traditionnel au profit du grand capital. C’est pas ta faute ma chérie, c’est l’histoire, peut-être dans quelques générations… » Elle tapota péniblement ce qu’elle croyait être l’épaule de sa fille « …J’entends déjà tous les ancêtres gueuler…ah non… veut pas ça…et monsieur Planchin s’appelles Gérard Flavel, j’ai appris hier qu’il était portoricain par un ami de la cousine du frère-père de… …..bouaouboua… et Gribelin troud’œil l’ancien est un véritable connard, t’a pas intérêt à me l’rammener …bouaboua…troisième branche…du…»

Et sa pauvre mère s’écroule dans un fracas grossier de pleins de trucs sales de grand-mère de campagne….et Géni (on la connait maintenant) d’en profiter pour subtiliser les sous de sa dot dans la besace accrochée à la cheminée et de s’en aller vers la plaine quémander les services capillaires de la Mama Confiance Diallo III, habitante d’une réalité alternative rétro futuriste (la permanente c’est rétro pour Diallo mais futuriste pour Géni). Au pays de Génissandre, le temps se mesure à l’altitude, on aura compris le parallèle symbolique : la montagne c’est le passé et la plaine c’est le futur alternatif possible: questionnement sur notre identité, le sens de l’histoire, nos compromissions etc…

Génissandre descendit donc dans le clair-obscur trompeur du petit matin les pentes accidentées de l’histoire. Elle allait faire voir à cette radasse portoricaine qui d’elle ou de sa vieille mère était la plus à même de vivre à son bras une existence pétillante de jeune provinciale recluse et sans ambitions dans une bourgade modeste et moyennement équipée. « Je pourrais alors rêver toute mon existence d’une vie de luxe frivole dans une saine résignation » songeait-elle « quelle libération pour une femme de campagne ! ». Depuis qu’elle avait non sans mal lu « une vie » de Maupassant en cachette durant quelques années, elle entretenait ce rêve secret et son cœur brulait d’une passion tiède et modérée. Ce qui pour une fille de campagne était exceptionnel.

« Ah mon vieux flavel ! On voit que t’est encore trop con, arriéré et provincial pour connaitre une personne de l’acabit de madame Diallo, je vais te montrer ce que c’est que la classe libérée des années 70 dans une réalité alternative dont tu n’imagines pas la potentialité suggestive dans le présent, ah ! Toi, ton boulier et ton œil de verre pourri, mais que caches-tu donc de mystérieux derrière cet œil ? »

Aussi connaissons nous la tragique fin de l’histoire : La permanente à mal tourné car dans les années 50, la technique n’existe pas encore alors forcément… Mme Diallo, fille d’immigrés sans le sou, avait senti le filon. Avec tous ces bouseux des collines à l’est et ces petites nymphettes des plaines de l’ouest, et les années 70 qui se profilent et toutes les autres années qui viennent après. Mais Génissandre n’avait pas écouté les conseils de sa mère et s’était foutue de la permanence des choses. « Ma pauvre, Génissandre » lui dit Jésus Diabaté lors d’une sainte apparition, « à toi seule tu ne pouvais prendre les devants de l’histoire et briser l’immuabilité salvatrice des peuples fiers et frondeurs de ces campagnes suspendues. Il faut une concertation collégiale et démocratique, suivi d’un plan de réhabilitation décentralisé, pour ça. C’est fini le fascisme populaire des vieilles années…(relis Deleuze) »

Après la séance de radiation intensives «madame beauté au magnésium » de Mama Confiance Diallo III, des vieux ayant quelques-uns de ses traits, se mirent à pousser sur le crâne de Génissandre et commençèrent comme par hasard à émerger par leurs bouches braillardes. C’était les ancêtres de Génissandre qui comme dans l’imprécation de Magdalon la baleine délurée (de son surnom de jeune fille, refoulé dans les replis poussiéreux de sa mémoire) étaient venus gueuler de ce paradoxe temporel grossier et de ne plus savoir ou se foutre si l’histoire n’était plus chronologique

Aussi, étaient-ils là pour s’interposer entre elle et Gérard Flavel (dont elle n’est pas du tout amoureuse leur dit-elle, l’amour n’a jamais été l’enjeu lui répondent-ils à l’unisson). Gérard, à l’étonnement de Génissandre, fut le dernier à apparaitre en fin d’après-midi au sommet de sa tumeur, et le corps pratiquement émergé. « Ce n’est pas correcte de ne pas avoir de dot à présenter à sa famille » disaient les ancêtres, et Gribelin trou d’œil l’ancien de rajouter « et en plus c’est un étranger, parce que seuls les portoricains ont une telle musculature et des reins de cette solidité d’après madame Poilchatte ». Ils éclatent de rire (sauf les quelques-uns qui portent le même nom) et du choc quelques yeux de verre tombent puis roulent sur le sol.

Gérard Flavel se retrouvait dans cet amas temporel sordide après avoir pris une météorite sur le coin de la jambe. Il fit malgré lui deux fleurs à Génissandre : celui de lui donner une ascendance de petite provinciale pâlotte proche de ses sous avec la chance d’espérer aspirer à une vie d’aspirateurs et de magnétoscopes (ce qu’elle ne comprit qu’après les longues explications agacées de Mauricien œil en moins), ainsi qu’un mensonge parfaitement crédible à raconter à sa mère en rentrant à la maison, elle qui était dépourvue de toute imagination. Elle lui dira qu’elle s’est prise une météorite sur le coin de la gueule d’après les termes exacte de Gérardo Flavielic (qui dans la soirée dévoilera son patronyme réel et tout ses secrets, plus complexes qu’on ne le pensait dans un grand concert de pleurs et de regrets).

20 ans plus tard dans la réalité de Génissandre, la permanente n’existe pas puisqu’une anticipation temporelle sortie de son cerveau malade l’a révélée cancérigène. Sa tumeur au cerveau aurait pu ne pas en arriver au stade critique de l’hallucination ancestrale si elle n’avait pas voulu droguer un portoricain pour devenir une petite gourgandine des villes d’un futur alternatif, fini par en ingérer elle-même et si elle avait mangé des racines de ciguë en rentrant chez elle. Mais dans le monde de Génissandre les paysans sont déjà trop aliénés pour y connaitre quoi que ce soit en plantes médicinales.

Tout ça pour dire que Génissandre est une sale petite menteuse, qui, parce qu’elle a nuit par égoïsme à la cohérence historique du récit, est devenu une espèce de symbole de la recherche de notre identité dans notre monde contemporain parallèle, à cause d’avatars alternatifs de nos écrivant parisianistes, ayant trouvé dans la fable une allégorie commode.

l’Oiseau Bang Bang

Un oiseau brouillard supersonique (dit Oiseau Bang Bang)

Composé de trois cheminées, l’oiseau brouillard supersonique est avant tout un être gracieux qui n’a pas peur de l’aventure. Il évite généralement de vivre des aventures fabuleuses en Écosse parce qu’il a peur des gros hommes en jupes qui lancent des troncs. L’oiseau brouillard reste un animal xénophobe et pétri de clichés malgré toutes les tentatives de dressage. Peut être faudrait il un jour penser a lui expliquer gentiment, si ça se trouve ça marcherait.

Il est appelé dans le langage populaire « Oiseau Bang Bang » grâce à l’initiative de la société des amoureux des oiseaux de l’intercommunalité de Cergy-Pontoise qui en a toujours revendiqué la paternité. Comme personne ne les a contredit, c’est pour l’instant la version officielle.

D’apres le ministere de l’éducation, c’est l’oiseau Bang Bang qui lança la mode des noms d’oiseaux chez la frange la plus jeune de la population. Sa découverte marqua l’avènement du sarcasme dans les cours de récréation qui jusque la en étaient dépourvues grace aux efforts conjoints d’une politique de développement de l’apprentissage avant-gardiste et de moyens pédagogiques modernes. L’avant-gardisme et la modernité étant ce qu’ils sont, on aurait tort de douter de la bonne foi de cette déclaration.

Tout aurait commencé par ce fameux calembour : « Elle est supersonique ta mère » maintes fois répété au détour de couloirs carcéraux d’établissements de l’enseignement secondaire. Cette insulte que n’auront pas manqué d’employer une génération de pisse lait nourris aux jeux de mot bas de gamme doit ses origines au fameux oiseau bang bang, dit également oiseau supersonique pour ceux qui n’auraient pas suivi. Ah triste période qui voit les enfants rire du supersonisme alors même que le gang bang était beaucoup plus approprié a la gaudriole éducative qui caractérise la pré-adolescence.

Dès lors durant les récréations, des nuées frénétiques d’insultes s’abattirent sur les enfants les plus intelligents ou les plus faibles comme la petite vérole sur le bas clergé durant la période du brame du cerf. La belle jeunesse indisciplinée qui jusqu’à présent usait d’un bon sens instinctif dans le choix des cibles de ses humiliation se mua irrémédiablement en une armée de soldats rigoristes faisant de l’invective facile un nouveau mode de communication bureaucratique destiné à séparer le bon grain de l’ivraie parmi ses propres rangs. Ainsi commença une ère sauvage ou une sélection impitoyable s’opéra parmi les enfants. La société vit alors émerger une nouvelle catégorie de citoyens : actionnaires, banquiers d’affaires, contrôleurs sncf, présentateurs de JT, patrons du cac 40, chroniqueurs à l’express, experts, convertis, directeurs d’instituts de sondage, urbanistes, publicitaires, représentants de commerce et autres joyeusetés du même acabit.

Ah quelle avanie que ces coups du sort qui firent l’oiseau bang bang, un être pourtant si délicat et parfumé, le responsable de cette situation dramatique. Si seulement il savait que c’était de sa faute , ca le ferait bien marrer tiens.

Heureusement, le ministère de l’éducation nationale, dans sa proverbiale clairvoyance a entrepris l’éradication systématique de ces volatiles d’ici 2020. Le maire de Bordeaux se dit ravi de cette initiative et on est tous bien content d’apprendre que le responsable va enfin payer pour ses actes.

Tout est bien qui finit bien. Ouf.

Gérard Flavel ou le destin des Hautes Alpes

Image iconographique représentant Gerard Flavel, datée du début du siècle. Artist méconnu.

Cet homme au corps musculeux de cultivateur des grandes plaines céréalières, c’est Gérard Flavel. Malgré des yeux laconiques qui semblent dire « je t’aime », Gérard est le héraut de la triste histoire que raconte sa carcasse mutilée aux enfants qui le fuient dans la rue en pleurant. En effet, Gérard est moche or tout le monde sait que les enfants sont des esthètes intransigeants. Pour Gérard, les enfants sont juste des sales cons.

Mais cela n’a pas toujours été ainsi. Jeune, Gérard était tout a fait normal, il était même plutôt beau gosse.

Tout commença par une chute de tracteur lors d’un concours agricole de tuning de betteraves ayant contraint Gérard à l’amputation du périnée. Le problème de cette opération fut qu’elle nécessita l’ablation de ses deux jambes et que ses effets secondaires entrainèrent comme bien souvent le développement précoce d’une cataracte des grands âges ainsi qu’une tendance assez forte à la dépression suicidaire.

Rongé par la douleur et l’amertume Gérard se mit à errer dans les champs en hurlant à la lune comme le font les loups dans les bande dessinées, avec beaucoup de gros phylactères très esthétiques (qu’il s’amusait à défigurer pour faire peur aux enfants). C’est pendant qu’il s’adonnait à son nouveau passe-temps par une nuit sans soleil que Gérard reçut de plein fouet une météorite à l’endroit ou aurait du se trouver ses jambes. La ou la violence du choc aurait du le tuer sur le coup, cette absence salvatrice lui permit de s’en sortir indemne. Alors qu’il maudissait le ciel d’en avoir réchappé tout en rigolant de la particularité cynique de la situation, l’atroce mutation commença. Sur le bas de son corps se propagèrent une multitude de furoncle qui se transformèrent en autant de têtes braillardes et gémissantes et dont la plus casse-couilles était située à l’extrémité. Si elle ne possédait pas de mirettes, cette dernière avait en revanche une grande gueule dont elle ne se privait pas de se servir comme d’un déversoir continu de jurons des Alpages. Gérard qui était un homme doux aux mœurs délicates se mit a maudire le ciel beaucoup plus fréquemment.

Pendant ce temps, dans un passé proche, Génissandre Toilchat, fille de notables viticoles des hautes Alpes jouissait d’une vie paisible à l’ombre des Cyprès quand elle eut le déplaisir de voir le sommet de son crane emporté par une comète juste au dessus du nez. Pendant qu’elle maudissait le ciel d’en avoir réchappé malgré l’atroce défiguration, la mutation commença. Depuis sa nuque jusqu’au sommet de son crane se propagèrent une multitude de furoncle qui se transformèrent en autant de têtes braillardes et gémissantes et dont la plus briseuse d’ovaires était située tout en haut et disait s’appeler Gérard Flavel. Génissandre, ne croyant pas au ciel, se mit à maudire Gérard Flavel sans discontinuer.

Alors que dans un futur immédiat, Gérard Flavel prépare une riposte imparable pour la reconquête de son existence, Génissandre, dans un passé récent, trame un sombre complot pour se débarrasser de Gérard dans un présent alternatif (c’est à dire dans un monde parallèle ou dans un endroit ou les marginaux jouent en bourse, à la discrétion du lecteur de choisir la situation qui lui convient).

Boucle temporelle, dissociation de la réalité, complot et trahisons : dans ce combat sans pitié entre deux êtres que tout oppose, l’amour triomphera t’il ? Gérard arrêtera t’il enfin de rejeter toujours la faute sur les autres même si généralement il a bien raison de le faire ? Génissandre acceptera t’elle enfin les critiques constructives sans tout de suite se braquer comme une militante ?

Fin


PS : Ceci est une fin ouverte, pour ma part je préfère penser que c’est Julien Joffre, la tête du milieu à l’air espiègle qui finira par les piéger tous les deux et à faire fortune en les exhibant dans une foire au monstre du XIXème siècle. C’est une fin cruelle, certes, mais c’est la plus réaliste, car au final c’est la vie qui est cruelle. Cruelle comme un enfant qui pleure.